Savalou : Le roi est mort, vive le roi !

17/09/2015 09:46Comments Off on Savalou : Le roi est mort, vive le roi !

Des mois après la mort du roi Tossoh, l’oracle a choisi, déjà en février, le nouveau prince devant conduire la destinée royale des Oba Guidi. Après une semaine de retraite et d’initiations diverses, il apparait au public pour la première fois, le vendredi 5 juin 2015, vêtu de tous les apparats et autres attributs royaux. Il tissera sa corde à celle des ancêtres pour pérenniser les traditions et faire vivre à jamais la chefferie.

 Le tout-nouveau Roi de Savalou

Le tout-nouveau Roi de Savalou

Savalou est en liesse, ce 5 juin 2015 ! Le palais grouille de monde. Plusieurs rythmes musicaux et diverses animations installent un climat de fête et de bruits comme un peu partout. Mais ce jour-ci est spécial. Le roi sera présenté au peuple pour une première fois. Têtes couronnées, autorités politico-administratives, religieuses, chefs services, historiens et sociologues, cadres à divers niveaux, populations de Savalou, se ruent sur la Grand-Place. Après une pluie torrentielle qui a lessivé le sol de Savalou, comme pour bénir les princesses et princes de cette contrée, on assiste à un ballet de 4×4 qui finissent par rendre quasi impraticables les rues et ruelles. Le temps, un peu nuageux, laisse des crachins paver les corps. Blottis contre les murailles du palais, les gens ovationnent et scandent des cris pour magnifier le roi, désigné à vie pour gérer Savalou.
En début d’après-midi, le roi apparait au seuil du palais. Il s’arrête soudain, scrute l’horizon et continue sa marche calme et fière. Il descend les escaliers sous ovations et poèmes louangeurs. Il rejoint le groupe des animateurs du rythme royal « Houngan ». Il les salue, échange un coup de regard avec le maître de cœur et batteur avant d’entonner une chanson que l’on reprend en chœur. Le nouveau roi bouge légèrement la tête et marche aux rythmes de la danse, sort du cercle pour « offrir un bain de foule à l’issue de laquelle, il retourne au palais se changer pour revenir s’asseoir devant la foule et ses invités, à la place « Mintawassa ». C’est de là que le nouveau roi va délivrer à son royaume et à la face du monde le message dévoilant son nom de trône. Sa dynastie lui confère ensuite un nom et la Tassinon ajoute le sien. Des trois noms, le roi indiquera celui par lequel il se fera appeler. Mais cela n’exclut pas qu’il porte les deux autres ». A partir de ce jour, il sera formellement interdit de l’appeler par son nom à l’état-civil, sous peine de sanction. Le XIVème roi s’appelle donc DADA GANDJEGNI AWOYO GBAGUIDI XIV. Gandjègni fait appel au fer pour exprimer la force, la durabilité et Awoyo, la mer, l’océan avec ses flux et reflux pour exprimer les mouvements, la vie, l’action, le développement. L’étendue mouvementée de la mer est comparée à la richesse de son royaume et indique aussi la peur de l’inconnu. Le fer et l’eau en tant qu’éléments identitaires de ce roi invitent à la tolérance, à la compréhension et à l’acceptation des différences… Il est garant de la tradition et veille à l’équilibre et à l’unité de son royaume. C’est l’œil de Savalou, la personne révérencielle dont la sentence est sans recours. Sur terre, il est le représentant des ancêtres et chefs de tous les couvents.

Les autres étapes du sacre

Dans les couloirs du sacre, il reste d’autres étapes à franchir pour accomplir une intronisation dans la dynastie des Oba Guidi, le roi fort. Il séjourne à Zouzonkamè, village situé à 10 kilomètres environ de Savalou, où a été enterré le premier roi. Il s’assoit sur la pierre de Gbaguidi 1er, celle qui l’a accueilli ces derniers jours durant pour imprimer en lui le pouvoir à vie. Le Vodou Bossikpon, protecteur de l’ancêtre Soha, lui donne l’énergie et la force pour affronter tout obstacle. Il est ensuite accueilli à la place Soha par une foule hilare et joyeuse. Il est porté dans un hamac jusqu’au palais pour exprimer son nouveau statut de chef et de roi.
Selon un calendrier bien établi par les dignitaires, le nouveau roi est présenté à une autre divinité du nom de Ayizan, située au quartier Nanhonou à Savalou. Ce fétiche est considéré comme « l’oeil du royaume, le symbole de Savalou ». Le roi pose son pied sur le sol le plus puissant de son royaume. « Il doit fouler ce sol, le cœur pur, prêt et disposé, en toute honnêteté à servir ses ancêtres, tisser sa corde au bout de la leur ».
Enfin, entre autres, vient la réunion de la vérité à la place « Dogossodji». Le rituel s’appelle « Dogbodji – yiyi ».C’est « une rencontre des grands dignitaires des quatre dynasties GBAGUIDI qui se tient sur une place faite d’une petite plaine (Sokpakpè) bien loin des regards et de toutes indiscrétions. Dada Gbaguidi, le roi de Savalou convoque cette rencontre de vérité et de réconciliation pour aborder une préoccupation spécifique du royaume, un mal qui ronge ou qui nuit à l’image des Gbaguidi ou du royaume. Toutes les questions brûlantes, fâcheuses, honteuses ou même taboues sont évacuées à cette rencontre de relance pour plus d’harmonie dans le royaume. Au sortir de Dogbodji, nul n’a le droit de revenir sur une question déjà vidée, au risque d’avoir à affronter la colère des ancêtres ».
Le roi ainsi installé, assume ses missions de politique et de développeur, de passeur de savoirs, de tradition et de vies. C’est souvent difficile de succéder à un baobab, de la trempe de Tossoh Gbaguidi XIII, qui a marqué d’un sceau particulier et d’un dynamisme à nul autre pareil, son règne. Il faut redoubler d’ardeurs, de génies et d’inventivités pour continuer le chemin et faire de Savalou, un royaume respecté dans le Bénin, l’Afrique et le monde. Que les mânes de nos ancêtres inspirent Awoyo Gbaguidi XIV pour qu’il émerveille davantage l’humanité !

Par Bandélé BATCHO

Tossoh s’en est allé, vive Tossoh !

Dada Gandjêgni Awoyo Gbaguidi XIV
L’homme a 58 ans, marié et père de quinze enfants. Gandjêgni Awoyo exerçait avant son intronisation, la fonction libérale d’entrepreneur dans les secteurs des mines et de la géologie. Il serait le premier président de l’Association des exploitants miniers du Bénin. Son engagement et sa détermination à s’investir pour développer sa contrée ont reçu des points de noblesse depuis qu’il été élu président du Mouvement béninois de lutte contre la pauvreté. Il a démontré à travers ses prises de parole et ses actes que la pauvreté et la richesse sont une disposition relative de l’esprit. Son statut est un grand atout pour Savalou qui connait ces dernières années, des règnes prodigieux, audacieux et pas moins modernisés.

Savalou, un royaume au cœur du Bénin

Le royaume de Savalou serait fondé en 1557 par Ahossou Soha ce qui signifie « le roi qui sait monter sur le buffle » pour exprimer sa bravoure, sa force et son courage. Chasseur et fils de chasseurs, Agbahako, s’aventure vers le nord du plateau d’Abomey à la suite des querelles et autres malentendus avec Dakodonou, roi d’Abomey. Arrivé à Tchébélou, actuel savalou, il s’impose et assujettit les premiers occupants, simples et paisibles paysans. Treize rois ont précédé l’actuel avec comme titre GBAGUIDI qui est le nom de la grande et prestigieuse famille dynastique.

Par B. B.