Sarki Yantannou/Profession : promoteur apicole

22/05/2017 05:56Comments Off on Sarki Yantannou/Profession : promoteur apicole

Sa passion, c’est la promotion de l’apiculture durable et l’agrobusiness en général. Et depuis vingt-cinq ans, il s’y adonne à cœur joie et se bat pour la restauration des colonies d’abeilles longtemps décimées pour la récolte du miel et de la cire. Lui, c’est Sarki Yantannou.

M. Sarki Yantannou

Komiguéa, commune de N’dali. Sur un espace de 12 ha d’une verdure luxuriante auréolée de toutes sortes d’essences végétales, sont disposées des colonnes de ruches, cent-vingt au total, au pied des arbres. C’est le rucher du Centre international d’agrobusiness et d’écotourisme (CIAT) ex- Centre intégré d’apiculture et d’écotourisme. Sarki Yantannou, 49 ans, teint noir, taille moyenne et à l’allure athlétique, en est le promoteur. Le monde rural qui l’a bercé, n’a pas de secret pour lui. Il possède sur d’autres fermes deux ruchers-écoles à Sirarou et Dabou dans la même commune.
Plus qu’un formateur en apiculture, ce fils de paysans bariba, titulaire d’une licence en marketing et action commerciale se définit aujourd’hui comme promoteur apicole. « Je forme les gens ; je les équipe et je leur achète le miel produit », explique le passionné de l’agriculture et de la nature. Dès la création de son centre en 1992, il l’a dédié aux études et à la formation pratique en apiculture. Apiculteur autodidacte à la base depuis 1990 devenu formateur après des stages au Burkina Faso, au Ghana, en Belgique, en Allemagne, Sariki (comme on l’appelle affectueusement et couramment) a déjà initié des milliers de personnes à l’élevage des abeilles et à la récolte du miel.

Un pas vers l’agrobusiness

A la formation en apiculture durable, Sarki Yantannou a ajouté à son palmarès depuis un an la transformation des fruits en jus naturels : une apiculture intégrée qui prend non seulement en compte l’agrobusiness mais aussi l’écotourisme. « C’est l’apiculture qui m’a amené à cela », confie Sarki Yantannou. Et il s’explique : « Le très grand rôle que l’abeille joue, c’est la pollinisation c’est-à-dire le transport du pollen vers les stigmates pour féconder les fleurs… Le vent et la pluie font ce croisement entre les fleurs mâles et femelles, mais c’est plus au hasard. Parmi les insectes pollinisateurs, les abeilles domestiques et sociales sont les plus intéressantes. Alors, pour augmenter la production d’anacarde par exemple, je conseille aux producteurs d’y associer l’apiculture au milieu des pommiers de cajou. Et les résultats sont formidables : on note une augmentation de 50 à 65% du rendement. Quand la production augmente, il faut transformer les pommes qui pourrissent généralement dans les champs». C’est ainsi que grâce à l’appui du Projet d’appui à la diversification agricole (Pada), il installe deux unités de transformation sur le site du CIAT et détient aujourd’hui le droit de propriété intellectuelle sur les jus Jus’ca, Mangou, Ananasé, produits respectivement à base de pommes d’anacarde (cajou), de mangue et d’ananas, sans ajout de sucre ni de conservateur. Ces jus naturels sont vendus dans les établissements hôteliers « Les Triangles » dont il est également le promoteur, et ailleurs sur le marché qu’il n’arrive pas encore à satisfaire totalement. « Notre ambition, c’est d’aller à l’industrialisation et nous prenons les dispositions pour y aller vite », dévoile Sarki Yantannou. Pour lui, il est impérieux de transformer sur place pour booster la production agricole et enrichir les producteurs. « Autrement, c’est la pauvreté et la dépendance vis-à-vis de l’extérieur qui s’accentueraient », croit-il.

Organiser la filière apicole

« En réalité, on n’a pas encore d’apiculteurs à proprement parler. On n’a que des possesseurs de ruches. Pour la plupart, c’est juste une activité d’appoint pour le moment. L’apiculture suppose une grande technicité que nous n’avons pas encore ici », selon Sarki Yantannou. A l’en croire, l’apiculture pratiquée actuellement est beaucoup plus une apiculture de restauration des populations d’abeilles longtemps massacrées parce que la méthode traditionnelle pour recueillir le miel consistait à brûler les arbres et les colonies et les larves. S’il se réjouit de l’amélioration de la qualité et de la quantité du miel livré sur le marché (2000 à 3000 litres/an) grâce aux efforts des producteurs et de leurs partenaires, cela reste « encore insuffisant par rapport à la demande ». « Cette apiculture n’est pas encore en mesure de fournir les produits apicoles autres que le miel : la sélection et la vente des abeilles très productives, la récolte du pollen, de la propolis, de la cire, etc. qui nécessitent des formes de ruche particulières et une haute technicité », estime le promoteur apicole.
Aboutir à une filière prospère, compétitive et bien organisée, tel est donc le rêve de Sarki Yantannou. Pour y parvenir, il estime qu’il revient aux producteurs de s’organiser, quitte à solliciter l’appui du gouvernement et d’autres partenaires en vue des facilités pour le financement et surtout la formation.
En effet, si l’activité apicole connaît un regain d’intérêt ces dernières années, force est de constater que le secteur reste miné par des difficultés. La première est celle de la disponibilité de la ressource-abeille qui a subi pendant longtemps une décimation par le fait de l’homme, fait savoir Sarki Yantannou. Outre les feux de brousse, l’usage des insecticides dans la production du coton et autres cultures menace fortement les colonies d’abeilles. A cela, s’ajoute la disparition du couvert végétal par l’empiètement agricole, l’utilisation du charbon, l’abattage anarchique des arbres pour l’exportation des billes et madriers. « Des arbres abattus, ce sont des sources de nectar et de pollen détruites ; ce qui pose un problème de pâturage aux abeilles… Bref, l’emprise de l’homme sur l’environnement constitue une sérieuse difficulté qui entrave la production apicole. Il faut continuer la sensibilisation pour y remédier », laisse entendre le promoteur apicole.


Par Claude Urbain PLAGBETO