Rentrée scolaire 2016-2017 : Kouarfa, l’oubliée de l’école

05/01/2017 13:44Comments Off on Rentrée scolaire 2016-2017 : Kouarfa, l’oubliée de l’école

A seulement 29 km de Natitingou et 17 km de la commune de Toucountouna, Kouarfa reste un village difficile d’accès où l’école connaît bien des entraves.

Entretenant ses élèves ce lundi matin sur une séquence d’orthographe, Valentin Lokossou se réjouit de la réactivité de ces derniers et n’hésite pas à les congratuler. Sa bonne humeur contraste toutefois avec son état physique. La tête presque rousse et ses habits poussiéreux en disent long sur le calvaire qu’il vit en empruntant la voie menant à Kourfa par la ville de Natitingou. A seulement 29 km de Natitingou et 17 km de la commune de Toucountouna, l’accès à ce village, terre natale des anciens présidents Maurice Kouandété et Mathieu Kérékou, relève d’un parcours de combattant. Nids de poule, crevasses et autres distorsions ne facilitent guère la traversée aux riverains. Prendre par la commune de Toucountouna est aussi fastidieux avec ces escaliers et pentes abruptes le long du chemin. Un casse-tête quotidien pour les enseignants de la localité exposés également à d’autres risques. Des témoignages font en effet état de braquage d’instituteurs sur la voie après perception de leur paye à la banque. Enseignant à l’école primaire publique de Kourfa, il dispense à l’instar de ses deux collègues les cours aux apprenants de l’établissement estimés au total à 386. S’il a été difficile pour les enseignants d’avoir tous les enfants au début de la rentrée scolaire du fait que les parents les retiennent pour les travaux champêtres, la fin des semences dans les champs a sonné leur retour dans les classes. Et c’est avec joie que les instituteurs les accueillent. Lundi 3 octobre dernier, jour de la rentrée des classes, « à peine avons-nous eu le 1/5ème de l’effectif que nous attendons à cette rentrée scolaire », se rappelle Edmond Agbohessou, directeur de l’école. Mais il était loin de s’en alarmer puisque c’est presqu’une tradition dans le village. « Pour certains parents, l’école vient après les travaux champêtres et ce n’est qu’à la fin des pluies qu’ils daignent libérer les enfants», indique Guillaume Dossi, un autre enseignant rangeant son matériel de travail.
Faute d’un logement décent à louer dans le village, ce dernier n’occulte nullement la possibilité de rentrer tous les soirs à Natitingou pour se mettre à l’abri des moustiques en famille. Mais l’état de la voie le laisse bien sceptique.

Peines à la pelle

En l’absence de logements à leur disposition, les enseignants subissent le diktat des rares propriétaires de maisons, s’adjugeant des chambres à des prix disproportionnés à la qualité de l’offre. « L’enseignant est appelé à servir partout où besoin se fait mais son épanouissement dépend des conditions d’accueil du milieu. Si les communautés peuvent nous aider ne serait-ce qu’en mettant à disposition des logements appropriés et à la portée de notre bourse nous serons plus motivés », note Timothée Babaré, enseignant communautaire recruté depuis 2006 et toujours sans contrat de travail.
Outre les problèmes de logement, ces enseignants vivent un calvaire quant à l’approvisionnement en vivres essentiels à l’exception des céréales. Dans une localité presqu’enclavée, Natitingou reste le seul marché d’approvisionnement pour de potentiels consommateurs estimés à 2.402 habitants selon le RGPH 2014. La prise en charge des soins sanitaires est également une préoccupation pour le personnel enseignant.
Proches de leurs élèves ils ne perdent toutefois pas de vue les difficultés auxquelles ces derniers sont confrontés. L’école ne disposant pas de cantine scolaire, les apprenants éprouvent un mal fou à suivre le rythme des cours. Ce qui justifie le fort taux d’absentéisme et la désertion au sein des moins lotis. Certains enfants se présentent à l’école sans la moindre nourriture dans la besace ou mieux se contentent de délayer dans l’eau la pâte de la veille en lieu et place de petit déjeuner. Pis, aucune fontaine d’eau dans les environs pour alléger la peine des élèves, condamnés qu’ils sont à parcourir près d’un kilomètre de piste pour approvisionner les salles de classe en eau.
Avec des effectifs frôlant 86 élèves dans certaines classes, l’école, sans clôture, a perdu de son éclat. Murs suintant d’eau pendant les pluies, parterres endommagés, plafonds du bureau du directeur en déliquescence, toiture en mauvais état, tables-bancs usagés…Tout est à vau-l’eau dans l’école.
Même les résultats ne sont pas au rendez-vous. Sur 40 candidats présentés au Certificat d’études primaires (CEP) dont cinq absents, huit élèves seulement ont connu le succès, soit un taux de réussite de 22, 85%. « A quel miracle s’attendrait-on si l’école fonctionne avec quatre enseignants ? Il n’y a pas un personnel enseignant suffisant pour encadrer nos enfants. Le directeur se charge à la fois des questions administratives et pédagogiques et c’est difficile de le remplacer quand il s’absente pour des réunions », justifie Christine Sékou, vice-présidente de l’Association des parents d’élèves. A ceci s’ajoute le manque de mobiliers. L’année dernière il a fallu prêter 25 tables-bancs au collège d’enseignement général du village pour faire face à la pénurie. Bien que les élèves soient mis à trois sur des tables-bancs conçues régulièrement pour deux personnes.
Las des vicissitudes de l’école, Rigobert Tchoroué, parent d’élèves, invite les différents acteurs de l’école à l’action pour vaincre le signe indien. Pas question de continuer à être la lanterne rouge en ce qui concerne les résultats des examens. « Autant la responsabilité incombe à l’Etat s’agissant de la gestion du personnel enseignant autant les parents ont le devoir de s’impliquer davantage dans le suivi scolaire de leurs enfants », lance-t-il, appelant à la conscience de ces derniers. L’école se vidant à chaque rentrée de ses élèves partis en exode ou toujours retenus par les parents dans les champs, il ne voit comme ultime issue que la sensibilisation pour renverser la tendance.

Par Kokouvi EKLOU

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