Maladie à Virus Ebola : Lourd tribut pour l’Afrique de l’Ouest

18/04/2015 07:25Comments Off on Maladie à Virus Ebola : Lourd tribut pour l’Afrique de l’Ouest

Déclarée urgence de santé publique la plus grave du monde moderne, l’épidémie Ebola qui ravage l’Afrique de l’Ouest avec des conséquences sans précédent, suscite toujours émoi et psychose au sein des populations. En dépit de progrès enregistrés dans le diagnostic, la maladie à virus Ebola est loin d’être menacée.

La Maladie à Virus Ebola a déjà fait plus de 10 000 morts en Afrique de l'Ouest

La Maladie à Virus Ebola a déjà fait plus de 10 000 morts en Afrique de l’Ouest

« 13 703 personnes sont déjà touchées et plus de 4200 décès enregistrés avec des conséquences économiques graves. Ces chiffres sont sous-estimés en raison des faiblesses de nos systèmes sanitaires ». Ces propos de François Ibovi, ministre de la Santé du Congo, à l’occasion de la 64e session du Comité régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique tenue à Cotonou du 3 au 7 novembre 2014, illustrent à bien des égards l’ampleur des ravages de la maladie à virus hémorragique. L’épidémie qui met à rude épreuve le système sanitaire des pays africains, notamment ceux déjà affectés, s’est invitée au cœur des préoccupations de cette réunion déjà reportée par le fait du virus Ebola. Eprouvant dangereusement les réelles capacités des systèmes de santé africains à faire face aux urgences, la maladie n’a pas fini de faire parler d’elle. Aux milliers de décès qui assombrissent son bilan en Afrique de l’Ouest, s’est ajoutée la psychose au sein des populations dans les capitales africaines, vu l’inexistence d’un traitement spécifique pour faire face aux affres de la maladie. L’avènement d’un sérum pour guérir systématiquement la maladie reste encore un vœu pieux.
L’épidémie d’Ebola qui s’est déclarée en mars 2014 en Guinée Conakry a jusqu’à présent frappé sept pays. Outre ce pays où l’on enregistre au 22 octobre 1540 cas et 904 morts, le Liberia compte 4665 cas pour 2705 décès et la Sierra Leone 3706 cas pour 1259 morts.
La situation dans ces trois pays considérés comme les plus touchés est toujours grave, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans son rapport de situation de la lutte contre l’épidémie d’Ebola qui sévit en Afrique de l’Ouest, publié le 22 octobre 2014.
La transmission du virus y est “généralisée et persistante” et aucun indice ne permet d’affirmer que l’épidémie soit rapidement sous contrôle, selon l’Organisation.
La crise actuelle est de loin la plus meurtrière de toutes les épidémies d’Ebola connues à ce jour, dépassant très nettement celles de 1975 et de 1995 en République démocratique du Congo (280 et 254 morts).
Pire, l’épidémie qui ravage l’Afrique de l’Ouest a déjà fait près de trois fois plus de morts que l’ensemble des flambées précédentes depuis la découverte du virus en 1976 (1590 victimes), selon toujours l’OMS.
« L’épidémie a surpris par son ampleur et son étendue. Et puis c’est la première fois qu’elle frappe de façon intensive », note Luis Gomes Sambo, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, à l’ouverture des travaux de la 64e session du Comité régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Afrique.
Dans la même ligne, Margaret Chan, directrice générale de l’OMS affirme que la flambée d’Ebola est une menace pour la stabilité internationale. « L’épidémie Ebola est l’urgence de santé publique la plus grave du monde moderne, avec des conséquences sans précédent dans le lourd tribut porté au personnel médical », souligne-t-elle, tout en saluant au passage le courage des agents de santé qui ont risqué leur vie et les ont perdue pour sauver des victimes de cette épidémie. « Cette flambée est liée à l’échec de la mise en place d’infrastructures de santé de base. Sans cela, aucune résilience n’est possible pour pallier le choc », insiste-t-elle pour admonester les limites des systèmes de santé africains. D’où la nécessité de renforcer les systèmes de santé encore fragiles, les rendre plus performants pour apporter des réponses adéquates.
Dans ce tableau peu reluisant, l’expérience du Nigeria et du Sénégal qui ont pu contenir l’épidémie constitue à n’en point douter une note de satisfaction.

De graves conséquences sur l’économie

S’il y a lieu de saluer l’engagement des gouvernants africains dans la lutte contre le virus Ebola, il n’en demeure pas moins que l’épidémie est en train de saper les bases des économies des pays touchés qui sont dans un processus de reconstruction post-conflit.
Outre en effet le coût humain, l’épidémie d’Ebola pèse économiquement sur les pays touchés. D’ici la fin 2014, l’impact négatif sur le PIB serait de 359 millions de dollars pour la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone et de 2,2 à 7,4 milliards pour toute l’Afrique de l’Ouest, affirme la Banque mondiale.
Le Liberia a d’ailleurs déjà révisé ses prévisions de croissance pour 2014, les faisant passer de 5,9% à 2,5%.
Dans le pire des scénarios, si l’épidémie venait à s’étendre à toute la région, la crise pourrait coûter plus de 32 milliards de dollars à l’Afrique de l’Ouest, selon le rapport de la Banque mondiale publié le 7 octobre 2014.
Face à l’ampleur des désastres la communauté internationale ne s’est point montrée inactive dans l’appui aux pays de la sous région ouest africaine. L’on signalera en premier lieu la contribution de la Chine aux pays de l’Afrique de l’Ouest principalement à ceux affectés par l’épidémie et aux organisations internationales telles que l’OMS impliquées dans la lutte contre la maladie. En plus du personnel sanitaire qu’elle déploie dans les pays touchés il est à noter la mise à disposition de matériel sanitaire de protection des agents de santé et de prise en charge des cas détectés et le projet de construction d’un hôpital d’une capacité de 100 lits au Libéria ainsi que la formation du personnel de santé local. Tout ceci pour un montant de plus de 122 millions de dollars US. La Banque Mondiale vient également en appoint avec un appui estimé à 100 millions de dollars. D’autres partenaires se sont également signalés dans le cadre d’aides bilatérales pour une assistance matérielle aux pays concernés.

Par Kokouvi EKLOU

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