Les chutes de Kota au Bénin : La belle endormie

07/07/2016 04:46Comments Off on Les chutes de Kota au Bénin : La belle endormie

Irrésistibles sont-elles dans l’arrondissement de Kotopounga à Natitingou. Mais loin de leur splendeur, les chutes de Kota restent des vestiges…

Du haut du mirador où les visiteurs prennent une vue imparable du panorama, les bruissements des chutes d’eau viennent briser le silence des lieux. Par cet après-midi ensoleillé, découvrir les chutes d’eau de Kota revêt un sens aux yeux des amateurs de sensations fortes. Des hauteurs de la falaise, dégouline une quantité non négligeable d’eau qui vient nourrir l’étang à forme polygonale nichée au bas de cet univers encastré de roches, d’arbustes et de roches. La descente du mirador vers l’étang permet d’apprécier l’écosystème qui abrite tant de mystère. Merveille de la nature de par ses attraits, les chutes de Kota attisent bien de curiosités. Attirantes et énigmatiques à la fois, au regard de ces mythes entretenus autour de leur existence et des nombreuses noyades y enregistrées, elles se laissent raconter par ses admirateurs. La musicalité que confère la coulée d’eau le long de la falaise rythme l’espace et méduse. Comme si elle s’impose à la vie ambiante, aucun cri d’oiseau ou de singe présents dans le milieu ne vient perturber cette cadence monotone et monocorde. Une fois engagée, la descente vers l’étang est tout aussi digne d’intérêt pour les visiteurs astreints à l’endurance. Facilitée par un escalier relevé par une estrade en fer et des marches faites en béton et prolongées par des roches pour conférer au site toute son authenticité, elle exhibe toute la beauté des lieux. D’innombrables espèces végétales jonchent le parcours et fouettent la vue sans l’agresser. Passé le ponceau au bas duquel coule ce bras d’eau de l’étang, la voltige des papillons et autres éphémères capte l’attention. Un spectacle dont la vue s’acoquine. « On y vient se distraire et se changer les idées après une semaine de dur labeur », confie Souleymane Imorou Loukman, un visiteur surpris sur les lieux. Mieux, pour Jules Alassane Tiando, « le coin est reposant et on ne peut s’y ennuyer. On peut nager dans l’étang ou organiser un pique-nique entre amis ». En dépit de l’interdiction d’accès au bassin des chutes d’eau pour tout loisir, force est de constater que des jeunes la bravent et prennent du plaisir à nager. Avec les cas de noyades enregistrés suite à la montée des eaux, il est formellement défendu d’y plonger et de satisfaire à tout fantasme. La majorité des visiteurs sautent pieds joints dans le bassin depuis les hauteurs des chutes et disparaissent de la vue pour remonter à la surface, tout triomphants.
Si l’on peut se complaire des curiosités du site dans la journée, le visiter tôt le matin, selon Abel Sagui, gérant du Relais de Kota, est un plaisir du fait que la brise impulse plus de rythme aux chutes et les chants des oiseaux sont davantage perceptibles.

Un beau fruit qui pourrit

Véritable fleuron du secteur touristique béninois, le site des chutes de Kota ne se limite guère à l’enchanteresse cascade. La randonnée pédestre qui ponctue sa visite à travers la végétation luxuriante laisse libre cours à l’évasion et le beau panorama fait d’arbustes et d’essences végétales pittoresques et de grandes termitières plaident à s’y aventurer quoique la piste qui mène à son entrée est non carrossable. Et s’avère être un piège à pierres et de roches pour les engins une fois le goudron franchi et l’embranchement y accédant à vue. Bien qu’étant situées à seulement 20 km de la ville de Natitingou, accéder au site relève d’un parcours de combattant. Encore faudrait-il compter avec dame chance pour éviter une crevaison.
Circuit tracé par des professionnels du tourisme, le site ne tarit pas d’attractions. Tout en haut de la cascade, les rigoles sinusoïdales sculptées dans la roche montagneuse par les eaux dévalant la falaise constituent tout un spectacle. Et la moiteur du sol bercé par le flux d’eau apaise la plante des pieds des visiteurs quelque peu éprouvés par la promenade dans la grande forêt hébergeant le bassin d’eau que nombre d’autochtones dénomment ‘’piscine’’. Sur le parcours, des feuilles sèches tombées des arbres tapissent le sol et leur cliquetis sur les pas résonne dans le vide.

Malgré ses attraits, les chutes de Kota restent des vestiges tant leur mise en valeur laisse à désirer. De nombreuses autres composantes du site telles que les anciennes habitations des lieux n’ont jamais été réhabilitées. Des pierres matérialisent encore l’ancien village érigé naguère.
Le relais de Kota qui devrait être un havre d’accueil aux touristes et visiteurs est dans un état de délabrement poussé. Il est abandonné. Les bungalows ne sont plus propices à l’hébergement tant les conditions d’accueil ne sont nullement commodes. « Il n’y a plus de paille sur les toitures des bungalows. Si l’on ne les renouvelle pas, il n’y aura plus personne à loger ici. Ça coule et en plus nous ne disposons pas d’énergie électrique pour propulser de l’eau dans le château. Nous disposons d’un petit groupe que nous louons et dont la capacité est insignifiante », se désole Abel Sagui, gérant du relais de Kota.

Pas d’électricité ni d’eau, les clients n’y viennent que pour visiter les chutes et repartent bien déçus. « Nombre d’entre eux auraient aimé séjourner sur le site pour y vivre toutes les sensations », note-t-il.

Faute de commodité et de l’état de délabrement du récif, les chutes de Kota sont plongées dans un profond sommeil. Une léthargie agitée aujourd’hui par la fièvre à virus hémorragique Lassa. La peur de l’épidémie a tôt plombé le secteur du tourisme. Le taux de fréquentation est l’un des plus bas, selon la Direction départementale de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme.

Par Kokouvi EKLOU

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