Frère Florent de l’Hôpital Saint Jean de Dieu de Tanguiéta : l’humble serviteur des malades

25/03/2016 12:59Comments Off on Frère Florent de l’Hôpital Saint Jean de Dieu de Tanguiéta : l’humble serviteur des malades

Il aurait pu finir mécanicien tôlier dans la Lombardie, sa région natale. Mais la providence en a décidé autrement. Gianbattista Priuli est aujourd’hui ce religieux dont la vie est entièrement dédiée aux malades qu’il soigne à l’hôpital Saint Jean de Dieu de Tanguiéta.

Père Florent de l'hôpital Saint Jean de Dieu de Tanguiéta

Père Florent de l’hôpital Saint Jean de Dieu de Tanguiéta


Dans son bureau qui n’a l’air de rien, vu son modeste état et l’inconfort qui le caractérise avec tous ses cartons posés tout autour de sa surface, Frère Florent semble préoccupé. Un peu trop même ce jour où l’attendent des patients. Il a fallu qu’il force son emploi du temps pour cet entretien obtenu à coups d’appels téléphoniques. Débordé, il le reconnaît mais s’oblige à honorer à ce rendez-vous gagné au forceps. Dans sa soutane blanche, l’homme présente l’air d’un lutin. Un être peu ordinaire dont la grande simplicité contraste toutefois avec son allure noble. Barbe et cheveux grisonnants, il porte si bien ses soixante-neuf printemps. Calme et assez jovial, il a de l’énergie à revendre, confiait plus tôt un agent de ce centre hospitalier érigé en hôpital de zone par le ministère de la Santé. Le religieux dont la journée de travail commence tôt et se poursuit bien tard dans la nuit, reste une icône dans l’univers de la santé au Bénin et dans la sous-région par son savoir-faire et son étonnant accueil des malades qui viennent à lui. Une grande qualité qui laisse vacillants ses interlocuteurs et les conquiert en un quart d’échanges.
Son engagement sans faille à servir les malades et sa rigueur caractérielle font de lui un modèle pour tous ceux qui consacrent leur vie à soulager les peines des autres. Des atouts maîtres qu’il justifie par le don de la providence. « D’aucuns pensent que je suis un héros mais tout ceci n’est possible qu’avec Dieu. C’est Dieu qui me l’a donné et j’essaie de le partager avec une équipe de jeunes et de moins jeunes qui se battent au quotidien pour donner un sens à notre engagement. C’est une grande joie pour moi de servir les malades », confie-t-il, sans ambages.

Exister pour les autres

De son vrai nom Gianbattista Priuli, Frère Florent est né le 9 novembre 1946 à Capo di Ponte dans un village de Lombardie en Italie. Aspirant à devenir mécanicien tôlier, il entre, à l’âge de 17 ans dans l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, par vocation.
Il y fait ses premiers vœux le 26 décembre 1964 après l’obtention de son diplôme d’infirmier psychiatrique. Cinq ans plus tard il sera envoyé par ses supérieurs à Afagnan au Togo où une mission de l’Ordre venait d’être ouverte. Il y travaillera quelques années avant de rejoindre son pays natal pour poursuivre des études médicales. En effet, dans sa quête de mieux servir les malades qu’il côtoie au quotidien il n’a pas hésité à relever son statut en troquant sa toge d’infirmier contre celui de médecin chirurgien. Un véritable tournant dans sa carrière. Revenu en Afrique suffisamment aguerri pour faire face à la mission pour laquelle il s’est consacré dans l’Ordre de Saint Jean de Dieu, il se distinguera tout au long de son apostolat par son accueil des malades. Un élément constituant, à ses dires, la première thérapie de choc pour leur guérison. Toujours disponible et à l’écoute des autres, l’homme sait trouver du temps pour partager avec ses pairs et ses patients le sens de l’hospitalité qu’il a su cultiver au fil de son expérience. Par la pratique médicale, Frère Florent révèle à ses semblables l’amour de Dieu pour eux, et leur manifeste de la fraternité.
Une attention toute particulière qui fera de lui un professionnel hors-pair dont les hôpitaux Saint Jean de Dieu d’Afagnan au Togo et de Tanguiéta au Bénin qu’il a dirigé de 2011 à 2014, bénéficieront longtemps. Aujourd’hui en tant que conseiller de la Vice Province St Richard Papuri di Bénin-Togo, il continue d’y jouer un rôle d’animation.
Ces deux formations sanitaires créées au départ comme des hôpitaux de brousse, ont acquis progressivement une réputation internationale. Ayant su leur imprimer sa personnalité, son empreinte et son sens du management à travers des réalisations et des actions faites avec l’appui de partenaires et d’associations internationales qu’il a su convaincre grâce à son aura.
Si pour certains le religieux est un mage, un thaumaturge ou un sorcier, d’autres voient à travers son action la magnanimité d’un infatigable serviteur de Dieu. Une abnégation qui a su résister aux nombreux accidents de travail et de la circulation dans ses différentes missions pour redonner vie et espoir aux malades et autres indigents ainsi qu’à cette hépatite qu’il traîne depuis un quart de siècle. Qu’ils soient riches ou pauvres, il ne fait aucune distinction entre ses patients et se plaît à dire que les revenus qu’il tire en soignant le riche l’aide à combler le gap que lui imposent les soins de l’indigent qui bénéficie d’une prise en charge sans parfois payer un kopeck.
Quoiqu’on pourrait se réjouir des prestations de l’hôpital Saint Jean de Dieu de Tanguiéta au regard des nombreux miraculés qui y retrouvent le sourire, le religieux reste insatisfait de l’accueil fait aux presque 20.000 nouveaux patients que des maladies frappent chaque année et reçus souvent en extrême urgence dans cet établissement hospitalier. Préoccupé qu’il est par la souffrance humaine, il estime qu’il y a encore plus d’efforts à faire pour répondre au mieux à l’apostolat de l’Ordre de Saint Jean de Dieu à travers le temps. Appelant à « rester fidèle à cette vocation que Dieu nous a donnée et bien vivre ce service que Dieu nous demande pour le bien des malades et des pauvres populations ».

Par Kokouvi EKLOU

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