Filière des pierres ornementales dans l’Atacora : L’inorganisation plombe l’embellie des gisements

18/01/2017 18:46Comments Off on Filière des pierres ornementales dans l’Atacora : L’inorganisation plombe l’embellie des gisements

L’Etat gagnerait à promouvoir la filière des pierres ornementales utilisées dans le pays dans la construction de bâtiments et d’ouvrages routiers. Faute d’organisation, ces richesses sont peu exploitées dans le département de l’Atacora.


Au cœur du village de Kota, à 15 km de Natitingou, se retrouvent des gisements de pierres dites ornementales. Sur plusieurs sites des centaines d’individus s’activent pour détacher de la roche mère ces amas de quartzite y encastrés. Assez prisées, ces pierres dans le département de l’Atacora et dans la commune de Natitingou et environs ornent les façades extérieures des résidences et autres bâtiments. Plus que des carreaux, leur pose assez esthétique embellit les demeures et les distingue. Elles sont également utilisées dans l’érection de caniveaux et de pistes dans le cadre de la construction d’ouvrages routiers au regard de leur résistance naturelle.
C’est de l’exploitation de ces pierres que vivent plusieurs personnes à l’instar de Yves Yatopa. Plus de vingt ans déjà qu’il s’adonne au métier de tailleur de pierre sur ce site où des millions de mètres cube de ces pierres sont extraits. Travail assez fastidieux vu le matériel rudimentaire dont ils se servent pour enlever ces matériaux de construction. Burin et marteau puis bois de chauffe pour faire du feu facilitant le détachement de ces amas de quartzite, tel est l’arsenal de ce passionné qui n’occulte guère leurs difficultés à en vivre pleinement. Incertitude et insécurité caractérisent l’univers des acteurs de cette filière marquée par un manque d’organisation susceptible d’apporter une plus-value à l’économie locale. « C’est une manne qui, à l’instar de l’or de Perma, peut générer des ressources à l’Etat et à la commune mais rien n’est fait pour l’organiser. Elle est laissée aux mains d’exploitants aux moyens rudimentaires », souligne Cyrille Kouagou, conseiller communal de Natitingou. Une situation qui n’est pas sans éprouver les acteurs y exerçant. « Chacun y exerce comme il peut et nous manquons d’outils adéquats pour amoindrir la pénibilité du travail », confie Yves Yatopa.

Symphonie inachevée

Il est loin cette période faste où les différents acteurs pouvaient se targuer de tirer des subsides de leur activité. En effet sous l’impulsion de la société Cogestone Bénin qui a fini par mettre la clé sous le paillasson, l’activité prospérait. Du moins pour les nombreux acteurs. « Cogestone Bénin disposait de matériel lourd qui servait à décaper les pierres du sous-sol et à porter les charges sans difficultés. Nous étions comme des tâcherons rémunérés en fonction du travail fait et nous ne nous plaignions guère », se rappelle-t-il. Avec les conditions à eux faites par la société, les acteurs sont sur un petit nuage. Revendeur de pierres ornementales à Bérécengou, à quelques lieues des sites d’exploitation de Kota, Paulin Béropa le certifie bien nostalgique. « Plusieurs containers de ces objets utilitaires sont convoyés vers l’occident par cette entreprise. Le secteur était rentable et les acteurs pouvaient vivre de cette activité sans autant de peine qu’aujourd’hui. La société aidait les tailleurs de pierre par ses équipements et négociait à un prix raisonnable les pierres qu’ils récupéraient des gisements », indique-t-il.

Pour les acteurs tout le monde s’en tirait à bon compte. Mais c’était loin d’être le cas de la société, selon certaines indiscrétions. La filière peu structurée n’a pas facilité les choses à l’entreprise. En dépit du fait que des cargaisons de quartzite sont acheminées vers l’Occident, la société n’a pas résisté aux charges exorbitantes telles que le fret et autres frais inhérents à l’activité. C’est le miroir aux alouettes. Un manque de débouchés est à relever dans le circuit de commercialisation des pierres ornementales. « Il y a un énorme potentiel ici. Les pierres sont en quantité inestimable et sont de bonne qualité. Rien à envier aux carreaux que nous achetons à prix d’or de l’extérieur pour nos constructions. Le véritable problème c’est le marché d’écoulement », analyse Omar Diakité, un connaisseur.

Avec l’essoufflement de la société, seules les commandes locales apportent une bouffée d’oxygène aux acteurs qui finissent pas se décourager. Des particuliers aspirant à orner leur maison de ces précieuses pierres et des entrepreneurs locaux du secteur des BTP constituent la clientèle des exploitants.
Aujourd’hui encore les ruines des machines servant à l’exercice de cette activité par Cogestone Bénin sont encore visibles sur les différents sites. Des chariots servant à porter de lourdes charges et un Caterpillar Poclain utilisé pour le décapage de la pierre sont abandonnés dans la zone de Kota, livrés aux intempéries. La filière que l’Etat gagnerait à promouvoir pour peu que des conditions attractives soient faites aux entreprises privées, n’est pas prête de sortir de l’ornière au grand dam des acteurs exsangues.

Par Kokouvi EKLOU