Filière anacarde au Bénin : Une spéculation face aux enjeux de production et de compétitivité

01/03/2017 05:56Comments Off on Filière anacarde au Bénin : Une spéculation face aux enjeux de production et de compétitivité

Deuxième culture de rente après le coton, la filière anacarde connaît un certain regain d’intérêt ces dernières années au Bénin. Si les chiffres en matière de production et d’exportation sont en nette progression, de nombreux défis restent cependant à relever pour aboutir à une filière mieux organisée et plus compétitive.

Tri des noix d’anacarde – Photos : CUP


De 146.332,947 tonnes en 2010-2011, la quantité de noix de cajou exportée au Bénin est passée à 155.929 tonnes en 2011-2012, soit une progression de 6,55%, selon les chiffres du Port autonome de Cotonou. Les statistiques enregistrées pour ce produit de spéculation affichent un total de 186.270 tonnes de production en 2011. Ces chiffres témoignent des efforts consentis par les acteurs de la filière anacarde, deuxième filière agricole pourvoyeuse de devises au Bénin après le coton. Mais force est de constater que le développement escompté par le gouvernement en inscrivant ce secteur parmi les 13 filières agricoles retenues dans le Plan stratégique de relance du secteur agricole (PSRSA), est loin d’être atteint. Et pour cause ! La filière anacarde reste confrontée à des défis d’organisation de ses acteurs, de sauvegarde du label Bénin et de transformation des noix en produits consommables sur place.

En matière d’organisation…

Le processus enclenché depuis quelques années, a abouti à des regroupements d’acteurs de la filière en vue d’accroître la production. C’est ainsi qu’après la Fédération nationale des producteurs d’anacarde du Bénin (FENAPAB), sont nés : le Conseil national des transformateurs du cajou (CNTC), le Conseil national des exportateurs de cajou du Bénin (CONEC-Bénin), la Fédération nationale des acheteurs des produits agricoles et tropicaux (FENAPAT), l’Union nationale des déclarants en douanes prestataires de services des produits agricoles et tropicaux (UNADEPS-PTA). Cette réorganisation des acteurs de la filière amorcée, mais malheureusement mise à mal par des querelles intestines et des guéguerres d’intérêts, devrait permettre de suivre les flux physiques et financiers, de favoriser ainsi la pratique de la vente groupée et ainsi de juguler les dysfonctionnements dans l’organisation de la commercialisation, de pallier les exportations frauduleuses et sans contrôle, toutes choses qui ne permettent pas de disposer des statistiques fiables.
En fait, à travers ses trois Unions régionales des producteurs d’anacarde (URPA) Atacora-Donga, Zou-Collines et Borgou-Alibori, la FENAPAB n’a pu réaliser que la vente groupée de 5161,471 tonnes de noix brutes de cajou dont 387 tonnes livrées aux industriels lors de la campagne de commercialisation 2011-2012, avec une manipulation monétaire d’environ 2,5 milliards F CFA, précise Atchadé Aténi, président de la FENAPAB.
Pour une filière anacarde mieux organisée et compétitive, il préconise, en plus de la vente groupée, la mise en œuvre d’un programme national d’extension, de réhabilitation et d’amélioration de la productivité des plantations d’anacardiers. La mise en place d’un système ou d’un mécanisme participatif d’autofinancement de la filière et de sa gestion comme le prélèvement à l’export par exemple, ajoute-t-il, constitue également une solution.

Préserver le label béninois

Transformation de l’anacarde – Photos : CUP


De notoriété internationale, l’anacarde du Bénin est d’une excellente qualité. En effet, la valeur KOR moyenne de la noix du Bénin varie entre 47 et 49 Ibs, pour un prix-plancher de 225 F CFA le kilogramme. Mais il s’observe sur le marché un mélange des produits béninois avec d’autres de qualité inférieure provenant des pays voisins. Pour Atchadé Aténi, le soutien et l’accompagnement technique, matériel et financier à la vente groupée, s’avèrent nécessaires pour non seulement garantir la qualité des produits, mais aussi assurer la traçabilité, la fiabilité des statistiques et la crédibilité de l’accès aux services financiers et non financiers. « Car la qualité, c’est le chemin de non retour ; c’est à ce seul prix que nous pourrions maintenir notre dignité, notre crédibilité et rentabiliser nos opérations », justifie le président de la FENAPAB.
Pour ce qui est de la transformation sur place des noix en produits directement consommables, les potentialités offertes ne sont exploitées jusque-là que de façon marginale. Sur plus de 180.000 tonnes de noix produites au cours de la campagne 2011-2012, le Bénin n’a transformé qu’environ 6000 tonnes de noix brutes : une quantité insignifiante par rapport à la quantité de noix exportée. En effet, il existe très peu d’unités de transformation des noix de cajou à l’échelle industrielle. Et celles qui fonctionnent, s’accommodent de procédés artisanaux archaïques de décorticage des noix pour produire essentiellement pour le marché domestique et la sous-région. Les unités sont confrontées à des difficultés liées à l’indisponibilité de l’énergie électrique à bon prix et des emballages des produits, comme c’est le cas de la société NAD&Co Industry de Georgette Taraf sise à Badékparou dans commune de Tchaourou, qui exporte ses produits principalement vers les Etats-Unis d’Amérique, l’Europe. Il s’avère donc nécessaire d’implanter ou de renforcer les capacités des unités de transformation locales viables afin d’apporter de la valeur ajoutée, augmenter les revenus des producteurs et des transformateurs et favoriser ainsi le développement de l’agrobusiness autour de ce produit.

Des mesures de rentabilité

Au nombre des autres difficultés qui plombent l’émergence de la filière anacarde au Bénin, il y a les tracasseries surs les axes routiers, la non maîtrise des prix en conformité avec les cours internationaux. Avec les différentes organisations, les producteurs pourront être représentés dans les commissions permanentes de fixation des prix des produits agricoles et tropicaux pour ne plus être victimes des acheteurs qui décident des cours.
Pour l’ancien secrétaire général du Conseil national des Exportateurs de cajou du Bénin (CONEC-Bénin), Rigobert C. Oura, la filière anacarde reste une « filière d’avenir » qui contribuera à l’amélioration et la variation des sources de revenus agricoles ainsi qu’à l’augmentation des recettes de l’Etat. Mais sa promotion, insiste-t-il, passe par la lutte contre les exportateurs pirates qui opèrent en dehors et contre les législations du pays, la lutte contre les commerçants illégaux et la réduction progressive du circuit de commercialisation exagérément long qui pénalise les pauvres producteurs et les exportateurs. Car, des opportunités de marché pour le cajou existent et n’attendent que d’être explorées efficacement pour en faire un produit compétitif et une filière plus rentable au plan économique, pour le bonheur de tous ses acteurs, à en croire Robert Akindé, directeur général de l’Agence béninoise de promotion des Echanges commerciaux (ABEPEC). Ce n’est certainement pas par hasard que le Bénin, membre de l’Alliance africaine pour le Cajou (ACA) qui rassemble les acteurs de la chaîne de valeurs de la filière anacarde que sont les producteurs, les transformateurs, les exportateurs et les fournisseurs, en a pris la présidence à l’issue de la 7e conférence de ladite alliance tenue en septembre 2012 à Cotonou, sous la houlette de l’ABEPEC. Cette association mise en place avec l’appui du Centre ouest-africain pour le commerce (WATH) devra non seulement participer au développement de la recherche pour améliorer la productivité primaire et agroindustrielle mais aussi à la mise à niveau des entreprises qui s’y investissent.

Par Claude Urbain PLAGBETO