Exploitation de l’or dans l’Atacora : Les pépites de la mort

15/12/2015 05:08Comments Off on Exploitation de l’or dans l’Atacora : Les pépites de la mort

A Perma, Kouatèna, Tchantangou et Gnagnamou, des jeunes bravent le danger. La ruée vers l’or nourrit l’espoir mais emporte des vies.


Sur les hauteurs de Perma, à 25 km de Natitingou, se dresse le village de Gnagnamou. A 17 km de la mythique cité de l’or. Cité dortoir des orpailleurs, Gnagnamou est une petite bourgade enclavée au sommet des montagnes. Parsemé d’un sol rocailleux et de dédales vertigineux, le trajet pour y accéder relève d’un parcours de combattant. Ne s’y aventurent que des motos en état.
C’est pourtant sur ce site où sont construites des habitations précaires que vit Bio Orou Yari Boni avec sa femme et ses trois enfants. Ce lundi matin, c’est avec entrain qu’il regagne Kouatèna, site aurifère où il renoue avec ses activités d’orpailleur après un break. Originaire de Ganoukpérou dans l’arrondissement de Orou Kayo dans la commune de Kouandé, il confesse avoir tiré l’essentiel de ses revenus de l’or. Une maison à Gnagnamou et une autre dans son village natal font la fierté du jeune homme qui a dû ranger ses livres et cahiers en 2000 pour se lancer dans la recherche de l’or. « J’ai repris le chantier il y a quelques jours après une pause », avance-t-il. Avouant son échec dans sa reconversion dans une autre activité, il retrouve l’espoir à travers son come-back dans l’exploitation clandestine de l’or.

Un prêt remboursable de deux millions de francs CFA d’un de ses fidèles acheteurs d’or lui permet de renouveler son matériel. Quatre motopompes, des raccords et quelques autres accessoires lui valent ce retour gagnant sur les sites qui l’ont fait. Six jeunes hommes sont recrutés par l’orpailleur pour l’aider à décaper le sol en profondeur en vue d’atteindre la roche au fond de laquelle sont dissimilés les fins cristaux jaunâtres objet de convoitise. Quatre autres femmes sont enrôlées pour le tamisage du sable meule obtenu à la suite du décapage, se servant d’eau de la rivière avec un équipement rudimentaire fabriqué par des artisans.

Dans l’enfer des gisements

A Kouatèna où nombre de ses pairs exercent, Bio Orou Yari Boni n’occulte pas la pénibilité de l’activité d’orpaillage. Quoiqu’aujourd’hui il pense avoir franchi un cap en exploitant une main-d’œuvre qui lui coûte cher, il se rappelle ses journées passées à creuser tout seul des trous à la quête des pépites d’or. De grands trous qui ont enseveli plusieurs de ses compagnons. Les cas d’effondrement du sable entassé aux abords des trous constituent le lot important des cas d’accidents sur les sites. Et ce, souvent en saison pluvieuse. Cette année déjà cinq décès ont été enregistrés dans les rangs des orpailleurs clandestins. Des drames qui sont loin d’ébranler la plupart des acteurs qui ne mènent autre activité que celle d’orpaillage. « Toute activité humaine a ses risques et nous ne saurions croiser les bras à attendre la providence pour nous en sortir », défend Razack de nationalité nigérienne. « Bien que l’or ne donne plus comme auparavant, les orpailleurs s’y accrochent irrésistiblement », indique un gendarme de la brigade avancée de Kouatèna qui condamne les risques qu’ils prennent à la quête de filons porteurs. En charge de la sécurisation des zones d’exploitation aurifère autorisées par la direction des Mines et celles clandestines afin de prévenir ces drames, la brigade peine à ramener à la raison ces orpailleurs dont l’avidité défie les lois. « Les accidents que nous observons souvent n’ont pas lieu sur les sites autorisés. Et si d’aventure ils se produisent c’est que les orpailleurs n’ont pas respecté les consignes de sécurité données », note Basile Adjo Kanon, chef service à la direction départementale des Mines Atacora-Donga. Il souligne que des mesures drastiques allant jusqu’à l’arrêt de l’exploitation sur les sites autorisés sont parfois prises en saison des pluies pour limiter les risques d’accidents. Une douzaine de groupements et d’individus disposent régulièrement d’une licence d’exploitation de l’or sur les différents sites autorisés, contrairement à ces milliers de clandestins qui participent à l’épuisement des réserves au détriment de l’Etat. « Voilà une manne qui peut générer des ressources à l’Etat et à la commune mais rien n’est fait pour l’organiser, ne serait-ce que créer un comptoir d’achat de l’or. Elle est laissée aux mains d’exploitants clandestins », se désole Cyril Kouagou, conseiller communal de Natitingou.

Outre ces accidents qui conduisent malheureusement aux décès par étouffement des victimes, la propension des orpailleurs à travailler de jour comme de nuit les expose à l’usage de drogues et autres produits psychotropes qui ne sont pas sans conséquences sur leur santé. « J’ai l’impression de rencontrer des zombies chaque fois que je mets pieds à Kouatèna, à Gnagnamou ou à Tchantangou. Des gens tout excités et presque toujours agressifs qui ne vous donnent pas l’envie de revenir sur les lieux », s’étonne Jean-Luc M’Po, un de nos guides.
Tout autour des divers sites où de petits commerces sont tenus, des vendeurs ambulants servent à qui veut du café ou du thé et souvent des mixtures ou cocktails faits à base d’excitants aux emballages estampillés ‘’TRAMOL’’ ou autres. L’alcool coule également à flots comme pour galvaniser l’ardeur des orpailleurs dans les tranchées ouvertes un peu partout sur les innombrables sites à la périphérie des différents villages. Une vie sujette à de nombreux risques sanitaires.

Par Kokouvi EKLOU

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