Dévaluation du naïra : Sale temps pour le Bénin

20/07/2016 05:12Comments Off on Dévaluation du naïra : Sale temps pour le Bénin

Le Bénin n’est pas à l’abri des effets de la dévaluation du naïra. Fort dépendant du marché nigérian, le pays vit les revers de la crise financière due à la chute des cours mondiaux du pétrole que traverse le grand voisin de l’est.

Nigeria CurrencyAu lendemain de la dévaluation de la monnaie nigériane, le naïra, le 20 juin dernier, des commerçants béninois se sont rués vers les frontières du grand voisin de l’est pour s’approvisionner sur les marchés et bénéficier ainsi des effets de ce brusque changement dû à la chute des cours mondiaux du pétrole. Tôt, le marché béninois s’est vu inondé d’une multitude de produits nigérians qui seront revendus par la suite à moindre coût aux consommateurs avec des profits certains pour les commerçants. L’essence de contrebande nourrie par le marché noir nigérian a connu sa baisse la plus évidente depuis de longues années. A la satisfaction des usagers de la route et d’autres consommateurs dont l’activité en dépend. Si les consommateurs semblent se frotter les mains avec une telle aubaine et les commerçants de se réjouir de l’embellie du marché informel du pétrole, il est à craindre une mévente au niveau des stations-service contraintes à payer des employés et des redevances à l’Etat.

Aussi le marché de réexportation de produits de première nécessité vers le marché nigérian s’en trouve-t-il plombé. C’est le cas de la filière de véhicules d’occasion naguère très florissant avec le bal de gros acheteurs nigérians sur les différents parcs de vente, du commerce du tissu Wax hollandais, du riz et des produits manufacturés. Fort dépendant du Nigeria puisque 80 % de ses activités économiques y sont liées, le Bénin subit déjà les contrecoups de la baisse du coût de la monnaie de ce marché de 150 millions de consommateurs. Les parcs de vente de véhicules d’occasion sont désormais désertés par les clients et ceux qui investissaient le grand marché international de Dantokpa observent un repli tactique espérant une remontée rapide du naïra. Et face à cette situation c’est l’économie béninoise qui en pâtit avec une morosité sans pareil. Les commerçants et autres hommes d’affaires grincent les dents et les plaintes ne sont guère rassurantes. Dans le grand immeuble blanc en forme de cube symbolisant tout le prestige du marché Dantokpa, les allées se vident des usagers dont la bonhomie témoigne du grand pouvoir d’achat.
Sachant que les réexportations vers le Nigeria représentent près de la moitié des ventes extérieures du Bénin et 50 % des recettes douanières, il faut bien s’attendre à des heures chaudes pour le gouvernement de Patrice Talon, presque cent jours après son avènement au pouvoir.

Par Kokouvi EKLOU