Benjamin Kouazoundé, secrétaire permanent de la FENAPAB : « L’économie se porterait mieux si l’Etat s’intéresse davantage à la filière anacarde »

01/03/2017 06:06Comments Off on Benjamin Kouazoundé, secrétaire permanent de la FENAPAB : « L’économie se porterait mieux si l’Etat s’intéresse davantage à la filière anacarde »

Ingénieur agronome de formation, Benjamin Kouazoundé, est secrétaire permanent de la Fédération nationale des producteurs d’anacarde du Bénin (FENAPAB). Il évoque dans cet entretien les dispositifs nécessaires à mettre en place pour rendre la filière anacarde plus performante et plus compétitive au Bénin. Il plaide pour un engagement plus accru de l’Etat et insiste sur le défi d’organisation qui incombe aux acteurs afin d’aboutir à une interprofession dans la filière, à la mise en place d’un programme de recherche, de réhabilitation et d’extension des plantations, à l’installation d’un meilleur système de commercialisation.

Benjamin Kouazoundé, secrétaire permanent de la FENAPAB


Lebeninois.net : Comment se porte aujourd’hui la filière anacarde au Bénin ?

Benjamin Kouazoundé : La filière anacarde se porte de mieux en mieux chez nous. Quand on fait la comparaison avec les années précédentes, nous avons à faire à des acteurs qui sont en train de se structurer. Ce qui participe à une meilleure gouvernance dans la filière. La production, la commercialisation des noix d’anacarde, tout cela s’organise de mieux en mieux.

La filière reste néanmoins confrontée à un défi de production. Quelles sont les actions que mène la FENAPAB en la matière ?

Il faut dire tout d’abord que le Bénin n’est pas le seul producteur d’anacarde. Nous sommes dans un espace compétitif. Ce qui fait que les défis, il y en a tout le temps. Dès qu’on relève certains, d’autres se pointent à l’horizon. Aujourd’hui, le Bénin a une production annuelle qui avoisine 120.000 tonnes. Si nous comparons cette production à celles d’il y a cinq ans, nous n’avons pas suffisamment évolué. On est resté statique. Il y a même des années où on régresse. Cela est dû non seulement aux aléas climatiques qui ne sont pas toujours favorables à l’anacarde, mais aussi au peu d’engagement de l’Etat en faveur de cette filière qu’on se plaît à considérer pourtant comme la deuxième filière d’exportation après le coton. Nous aurions souhaité que l’Etat s’occupe un peu plus de la filière anacarde. Imaginez-vous, si on pouvait investir un quart (¼) de ce qui est englouti chaque année dans le coton, on aura des résultats encore plus intéressants que ce qu’on a au niveau du coton, un boom au niveau de la croissance économique. Du point de vue de la production, il y a des efforts pour améliorer le matériel de production, en l’occurrence le matériel végétal, avec l’appui de nos partenaires techniques et financiers tels que la GIZ à travers le projet ProAgri/iCA, le projet PADA/ProCAD de la Banque mondiale. Aujourd’hui, on ne met plus de nouvelles plantations avec n’importe quel matériel végétal. On a aujourd’hui des plants greffés qui constituent le matériel exigé pour avoir de meilleures productions. Mieux encore, pour les anciennes plantations qui sont de plus en plus vieillissantes et dont le rendement est en train de baisser, il y a de nouvelles techniques pour améliorer leur productivité. On parle de surgreffage qui permet d’améliorer la production au niveau des anciennes plantations. Toujours dans la production, nous travaillons avec l’INRAB (Institut national de Recherche agricole du Bénin) à mettre en place tout le paquet technologique lié à l’amélioration du matériel végétal. Il y a des arbres qui ont été identifiés comme des arbres élites pouvant permettre d’améliorer ce matériel. Il y a des parcs à bois qui sont installés un peu partout dans le pays, notamment dans les grandes zones de production, et des formations sont données aux producteurs pour pouvoir utiliser ce matériel. Nous pouvons espérer que dans les années à venir, il y aura une meilleure productivité donc une meilleure production de noix d’anacarde.

C’est cela le programme national de réhabilitation, d’extension et d’amélioration de la productivité des plantations d’anacardiers que la FENAPAB préconise ?

Tout ce qui se fait aujourd’hui au niveau de production, se fait de façon éparse. Il n’y a pas vraiment des actions coordonnées, je veux dire une synergie des actions qui sont réalisées sur le terrain. C’est pour cela que nous insistons sur la mise en place et le développement d’un programme d’extension, de réhabilitation des plantations d’anacarde. C’est un programme qui doit prendre en compte tous les aspects liés à la production : le matériel végétal bien sûr, mais il faut que tout soit mieux coordonné, notamment la gestion des maladies, des ravageurs qui attaquent les arbres et susceptibles d’anéantir les efforts déployés pour améliorer la production. En plus de cela, il y aussi des équipements adaptés à l’entretien et la gestion des plantations. Aujourd’hui, il n’y en a pas suffisamment, par exemple pour faire du surgreffage. Le programme de recherche dont nous parlons, doit pouvoir se pencher sur ces questions et permettre de développer des outils adaptés pour accroître suffisamment la production d’anacarde. Nous sommes dans un espace compétitif. La Côte d’Ivoire est déjà à 550.000 tonnes de production et les projections de ce pays pour 2020, c’est de devenir 1er producteur d’anacarde au monde. Le pays est déjà premier sur le plan africain. Nous, nous sommes dans les cinq premiers malgré que notre production soit encore faible. Mais le motif de satisfaction au niveau du Bénin c’est que nous sommes parmi les producteurs de meilleure qualité de noix d’anacarde en Afrique et dans le monde. La noix du pays a toujours un prix préférentiel par rapport aux autres et est recherchée. Ça veut dire que si nous faisons suffisamment d’efforts dans la production, non seulement nous allons produire en grande quantité mais aussi en qualité.

En attendant, que fait la FENAPAB pour assurer une meilleure commercialisation de ce qui est produit (afin de disposer des statistiques fiables et d’éviter les fuites des produits vers les pays de la sous-région) ?

La commercialisation des noix, c’est l’épine dorsale, l’une des faiblesses de la filière anacarde aujourd’hui. On n’a pas encore trouvé le meilleur moyen de commercialisation qui prend en compte les intérêts de tous les acteurs. Je parlais tantôt de la structuration des acteurs, c’est pour le bien-être de la filière. Avec l’appui des partenaires, la FENAPAB a décidé de ce qu’on aille à la vente groupée. Mais au fil du temps, on s’est rendu compte qu’on ne peut pas réussir la vente groupée sans les autres maillons de la filière, les autres acteurs que sont les acheteurs, les transformateurs, les exportateurs. Aussi bien au niveau des acteurs que de l’Etat, on a des difficultés à mettre ensemble les intérêts de tous ces acteurs pour pouvoir mieux organiser la commercialisation. Vous imaginez que nous avons près de 75 magasins en construction dans toutes les zones de production, mais ces magasins vont contenir quoi si nous n’avons pas un dispositif accepté de tout le monde. On aura beau mettre en place les magasins, cela risque de devenir des éléphants blancs et contenir autre chose que l’anacarde pour laquelle ils sont implantés. Chacun des acteurs a son point de vue là-dessus. Il nous faut vraiment un cadre de coordination et de synergie d’actions pour réussir la vente groupée, ce qui permettra non seulement aux producteurs d’avoir un meilleur revenu, mais les autres acteurs aussi pourront aussi en bénéficier. L’acheteur qui va distribuer son argent un peu partout dans les villages, a du mal à récupérer tout le produit pour lequel il a déjà payé. Dans le meilleur des cas, il récupère mais ce n’est pas la quantité convenue, ou la qualité voulue. Un système de vente groupée va non seulement permettre de sécuriser les ressources et la qualité de tout ce que nous mettons sur le marché. On pourra ainsi retracer la traçabilité de nos produits des champs jusqu’à l’exportation. Mais aujourd’hui, nous avons vraiment du mal à le faire parce que l’Etat ne s’est pas engagé suffisamment avec nous pour améliorer notre système de commercialisation. Donc, c’est un défi à tous les niveaux. Nous avons à côté un pays, la Côte d’Ivoire, qui ne s’est pas occupé pendant longtemps de la filière parce qu’il y avait les filières cacao et café qui étaient bien organisées, mais depuis que le pays a pris conscience du potentiel et des ressources dont il dispose pour la production d’anacarde, il fait mieux. Dans ce pays, il est déjà mis en place un système qui permet de faire un prélèvement à l’export et de progressivement autofinancer la filière. Chez nous, tout ce qui se fait dans la filière, la plus grande part vient des partenaires techniques et financiers, alors que nous disons que nous voulons avoir une filière performante et compétitive. Cela veut dire que cette filière doit pouvoir s’autofinancer. C’est un meilleur système de commercialisation qui nous permettra d’atteindre cet objectif-là. Nous avons des appuis aujourd’hui mais c’est encore insuffisant. Il faut que les acteurs de la filière se retrouvent pour penser ce système de vente qui n’est pas, j’insiste, l’affaire des seuls producteurs.

D’où la nécessité d’une Interprofession pour rassembler tous les acteurs de la filière dans un même creuset…

Si les choses ne marchent pas, c’est parce que nous n’avons pas un cadre réglementaire dans lequel les acteurs s’asseyent pour échanger. C’est vrai, il y a déjà un début de la chose : on parle aujourd’hui de la plateforme de dialogue qui est un cadre dans lequel les acteurs des différentes familles désignés se retrouvent pour échanger sur certaines questions liées à la filière. Mais ce n’est pas formalisé. Il faut qu’on aille à la formalisation. L’interprofession, ce n’est pas quelque chose à décréter mais ça doit être construit avec tous les acteurs pour que ça soit durable dans le temps. Je voudrais saisir l’occasion pour lancer un appel aux autorités : au ministère de l’Agriculture, au ministère du Commerce, au Gouvernement dans son ensemble, pour mieux s’intéresser à la filière anacarde. Tout le monde se plaît à dire que la filière anacarde, c’est la deuxième filière d’exportation après le coton, mais on ne sent pas vraiment l’engagement de l’Etat dans la dynamisation de cette filière. Je le répète : si l’on investit le quart (¼) de ce qui est englouti chaque année dans le coton, on aura des résultats encore plus intéressants que dans le coton et notre économie se portera mieux.

Propos recueillis par Claude Urbain PLAGBETO

Tags: