Bénin: le fonds du photographe Cosme Dossa numérisé par l’EPA

14/07/2016 05:09Comments Off on Bénin: le fonds du photographe Cosme Dossa numérisé par l’EPA

Portrait, 1962. Cosme Dossa avait son studio, il pouvait aussi être sollicité par des familles pour les immortaliser après des cérémonies. Photo: © Cosme Dossa

Portrait, 1962. Cosme Dossa avait son studio, il pouvait aussi être sollicité par des familles pour les immortaliser après des cérémonies.
Photo: © Cosme Dossa

Sauver et valoriser les archives photographiques privées en Afrique francophone, c’est l’objectif d’un projet de l’École du patrimoine africain, l’EPA, qui se trouve à Porto-Novo, au Bénin. Une phase pilote a permis de numériser et de conserver la collection de Cosme Dossa, un photographe béninois décédé il y a 3 ans, et qui a pris des photos de 1950 à 1976. Elle est mise en ligne sur une plate-forme consultable gratuitement. « Les archives photographiques privées sont en train de disparaître ». C’est le cri d’alarme de Franck Ogou. Cet archiviste de formation, passionné d’histoire, qui travaille à l’École du patrimoine africain (EPA) à Porto-Novo, a donc eu envie de les sauver. Ce programme a démarré avec une phase pilote : la numérisation et la conservation du fonds de Cosme Dossa, un photographe béninois qui a exercé de 1950 à 1976. C’était un professionnel, représentant de la marque Kodak au Bénin et qui avait appris la photo par correspondance. Il a laissé 15 000 négatifs et 600 positifs. Il a d’abord fallu récupérer la collection qui prenait la poussière dans la maison familiale. Si les négatifs étaient bien protégés dans des boîtes, les photos ont dû être nettoyées avec une technique spéciale. Le tri a été facile, car Cosme Dossa avait classé ses clichés. « En général, il mettait les dates, et même au dos des photos, quelques infos sur une étiquette, explique Ismaïlou Baldé, responsable du pôle collection à l’EPA. On a compris que c’était pour pouvoir fournir des duplicatas aux clients ».

Une collection riche et variée

Sept catégories ont été définies : paysage, portrait, rite et culte, réjouissances, manifestations officielles, scènes de rue et autres. Tout est en train d’être numérisé, un travail de longue haleine exécuté par Hafiz Honvo. « Je prends la machine à remonter le temps tous les jours », confie-t-il derrière son écran d’ordinateur. Les images sont traitées et mises en ligne sur une plate-forme consultable gratuitement, www.photoafricaine.org. Elle est principalement destinée aux chercheurs. « C’est une collection riche et variée, détaille Franck Ogou. Il y a des photos de studio prises chez lui, souvent des portraits ; des photos de cérémonies ou de fêtes comme les mariages, les baptêmes ; et puis il y a des images de manifestations officielles, car Cosme Dossa a été le photographe du premier président du Dahomey indépendant, Hubert Maga ». Ensuite le fonds ira aux Archives nationales, qui devront être aménagées pour pouvoir le conserver, car les photos sont fragiles et sensibles à l’environnement. Or, les Archives nationales ont peu de moyens et les documents peuvent y être volés. « On a voulu les associer, raconte Franck Ogou. Deux de ses membres font partie du programme ».

Confier un héritage

La famille de Cosme Dossa participe aussi. C’est parce que Franck Ogou connaissait leur père (il a inventorié les photographes béninois de cette période), et parce que c’est un travail à but non lucratif que les enfants ont accepté de confier leur héritage à l’EPA. Ils n’avaient pas conscience de sa valeur. Des représentants d’autres familles de photographes du Dahomey, qui se demandent parfois quoi faire des photos ou qui pensent les vendre à des Occidentaux, suivent aussi ce projet. « Il faut que les gens sachent qu’ici, en Afrique, des institutions s’intéressent à ce patrimoine, veulent les préserver et les valoriser sur place », indique Franck Ogou, qui cite l’exemple du cinquantenaire de l’Indépendance en 2010 : les photos de l’exposition commémorative venaient de l’INA, en France ! Ce chantier est financé par l’EPA pour un budget de 21 000 euros (presque 14 millions de francs CFA). L’objectif est de trouver des financements pour répertorier les archives privées, les sauvegarder et former du personnel dans au moins 20 pays francophones d’ici 2020.

Par RFI